Mardi 11 octobre 2011
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Après un dernier regard, je les ai laissées là. Vivantes. Tourbillonnantes. Arborant leur insouciance en un flamboyant étendard blanc. La grande en charge de veiller sur la petite. La
petite garante de la moralité de la grande. Deux anges virevoltant, le rose aux joues et le cœur battant. Au milieu de la foule en liesse, je ne voyais qu'elles. Pour ne pas leur faire de tort,
je les ai laissées seules, qu'elles profitent de la fête sans moi.
À l'heure dite, je suis revenu les chercher pour les ramener à la maison. J'imaginais leur fatigue après une nuit passée à danser, oubliant pour un temps répression et restrictions. Après
l'abandon transitoire de leur masque de perfection, de vertu, de jeunes adultes trop tôt mûries, elles trouveront réconfort et sécurité auprès de moi, comme toujours.
À deux rues de la boîte de nuit, j'entends les sirènes arrivant à toute allure. Panique totale, mon estomac convulse et expulse son contenu tandis que j'accélère. Les cordons de sécurité
sont déjà installés, la discothèque est bouclée. Rumeurs dans la foule assemblée. Le tireur a été abattu par la police. On ne connaît pas le nombre de victimes. On ne connaît pas ses
motivations. On attend de plus amples informations. On nous prie de dégager le périmètre. On m'arrache au bitume auquel je m'accroche comme à une bouée en plein océan. On me tranquillise de force
chimiquement. On m'abrutit. Dans mes yeux s'incruste, alors que je lâche prise, la vision de mes deux étoiles étincelantes, souriantes, éclatantes, vibrantes. Vivantes.
Par Haku
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Publié dans : Emotions
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Mardi 11 octobre 2011
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10:39
La montre au poignet, l'œil sur l'écran, il mange des chips et lit entre deux réunions ce qu'il trouve sur internet. En général, il n'aime pas être dérangé dans ces moments-là, qu'il appelle des
pauses. Pauses où, tel un glouton, il avale, les yeux écarquillés, les derniers buzz du moment. Surtout rien qui dépasse les quatre minutes, sa capacité d'attention et son chef n'apprécient pas.
Il éclate de rire silencieusement, se tape la cuisse et transfère ses trouvailles à ses collègues. Puis se replonge pour une demi-heure dans son travail fastidieux.
Le jour de la Grande Panne de Courant, il était à son poste. Il n'a tout d'abord pas compris ce qui se passait. A essayé de rebrancher son ordinateur, a vérifié tous les cables, a rallumé trois
fois ce qui pouvait l'être. Puis ses collègues sont venus le chercher, pour une pause café inopinée. Café froid, mais café quand même. Il regardait sa montre toutes les deux minutes et vérifiait
son cerveau de substitution à tout bout de champ, des fois qu'il apprenne avant les autres que les extra-terrestres avaient débarqué dans sa ville, coupant net tout courant.
La pause s'est éternisée. N'étant pas couverts par l'assurance, les employés n'avaient pas le droit de sortir pendant leur heures de travail supposées. Avec l'ascenseur en panne et pas de
lumière, il préférait rester devant les baies de la salle de réunion avec les autres. Quand il a commencé à rationner sa batterie, il s'est rendu compte qu'il n'était plus tout à fait avec les
autres. Qui avaient l'air de très bien prendre la chose, se lançant des boutades, profitant de ces instants d'intimité partagées pour se détendre réellement. Il comprit tout d'un coup que c'était
habituel chez eux. Chaque jour, ces hommes et ces femmes laissaient derrière eux leurs écrans, lâchaient l'horloge du regard, coupaient contact avec leur si précieux réseau pour se retrouver. Il
trouva cela étrange. Quelques heures plus tard, quand il fut temps pour eux de rentrer chez eux, il se sentit grisé. Il se promit de recommencer le lendemain, à la première occasion. Et oublia
quand il vit le nombre de mails non lus dans sa boîte de réception.
Par Haku
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Publié dans : Divers fiction
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Lundi 10 octobre 2011
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08:04
C'est donc ça, ce qu'on appelle un adolescent. Cette pensée lui traversa l'esprit tandis qu'il percevait le maelström d'émotions ambiantes par ses canaux empathiques. On lui en avait
bien parlé avant, lui prédisant qu'il le saurait s'il venait à en croiser, on l'avait averti, on lui avait dit de prendre ses précautions. Enfin, il en voyait un. Il se demanda alors comment
faisaient les humains pour supporter un tel tourbillon d'émotions pures, explosives, profondes. Puis il se rappela qu'ils n'étaient pas du tout équipés pour les percevoir. Tout juste
pouvaient-ils en deviner l'essence, pour les plus doués, grâce à quelques expressions faciales, postures ou intonations. Rien à voir évidemment avec la force brute que les individus de son espèce
recevaient en permanence de tout être vivant. Ça expliquait donc pourquoi les humains les contrôlent si mal. S'ils avaient la moindre idée de l'énergie qu'ils dégagent, des dégâts qu'ils peuvent
causer avec ces forces non canalisées, peut être apprendraient-ils.
Le premier éblouissement passé, il reporta son attention sur le spécimen posté devant lui. Essaya de démêler l'écheveau d'émotions devant lequel il était installé. Remarqua sans peine la rage
sourde, bruit de fond constant, moteur apparent de tout le système. Une rage de tout, qui avait l'air de stimuler les émotions négatives comme les positives. Intéressant. Il nota ensuite une
oscillation assez rapide de joie et de dépression, à tel point qu'il crut au départ que les deux étaient exprimées simultanément. Il affina son observation et vit que l'alternance de ses deux
émotions primaires entraînait un emballement de toutes les émotions qui leur sont associées, de près ou de loin (optimisme, confiance, sentiment d'injustice, mépris, admiration, émerveillement,
honte, ennui...). Il observa également que certaines sensations de l'individu n'étaient même pas traitées mais renvoyées telles quelles vers le cosmos. Il comprit d'où lui venait l'impression de
vertige qu'il avait ressentie sitôt en contact avec cet adolescent. Et se demanda comment celui-ci avait pu survivre à ne serait-ce qu'une journée de cette tempête hormonale.
Il décida que c'en était assez, et s'éloigna en trottinant, notant sur le réverbère l'emplacement approximatif de cet être étrange, pour prévenir la cantonade de ce qui les attendait.
Par Haku
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Publié dans : Pour rire un peu
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Dimanche 9 octobre 2011
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08:00
Pas un mot d'échangé, à peine les bonjour, merci et au-revoir de mise. Le résultat est pourtant là. Pas un faux pas, harmonie et compréhension totale. Les corps parlent d'eux-mêmes, s'ajustent en
un clin d’œil pour laisser place au plaisir à l'état pur. Plaisir égoïste et partagé, intense et éphémère, sublimé par cette connivence infra-verbale. Plaisir qui s'affiche insolemment en exquis
sourires offerts au monde entier qui, il faut bien l'avouer, s'en moque éperdument.
Par Haku
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Publié dans : Transes en danse
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Samedi 8 octobre 2011
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08:01
Elle regarde distraitement par la fenêtre le soleil qui se lève, les paysages qui défilent, pensant à ce qu'elle laisse derrière elle. Ça ne lui ressemble pas vraiment, les yeux tournés vers le
passé ou vers un hypothétique futur. Et pourtant, perdue dans ses pensées, elle songe à ce qu'elle pourrait ne pas retrouver à son retour. Quatre jours, tellement courts. Une éternité, cent fois
le temps de tout perdre. Il suffit d'un coup de coude malencontreux pour faire tomber la coupe de cristal. La scène au ralenti, les sens affûtés, les réflexes heureux peuvent retarder la chute,
limiter la casse voire sauver in extremis le précieux calice. Mais ils ne peuvent figer le temps, laisser en suspens l'objet inexorablement piégé dans le champ gravitationnel terrestre.
Quatre jours au summum de l'impuissance. Inutile, dans l'expectative, une boule au ventre, une autre dans la gorge et l'eau qui menace de déborder à tout moment, elle ne serait pourtant restée
pour rien au monde. Trop consciente que ça ne servirait à rien. Trop respectueuse d'elle-même pour ne pas profiter, essayer de combattre ses terreurs et ses prémonitions, les éloigner coûte que
coûte. Elle les retrouvera bien assez tôt. Les accueillera à ce moment-là. Parce qu'il faudra bien les vivre. Pleinement, comme le reste. En attendant, elle se concentre sur le petit bout qui
l'attend depuis un mois à huit cent kilomètres de là. Qui a besoin de tout son amour et lui prendra toute son énergie.
Par Haku
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Publié dans : Arrêt sur image
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